Les palmiers de Salmān, puits al-faqīr

Parmi les signes de sa prophétie ﷺ : les palmiers de Salmān Al-Fārisiyy (qu'Allah soit satisfait de lui) près du puits “al-Faqīr”, où le Prophète ﷺ a planté 300 palmiers de ses propres mains. À la fin de la narration, le lieu du puits “al-Faqīr” est spécifié, à Médine. L’Imam Aḥmad l'a rapporté dans un long Hadith, et al-Bukhāriyy l'a également rapporté brièvement dans son Saḥiḥ. L'imam Aḥmad a rapporté selon ‘Abdallah ibn ‘Abbās : Salmān Al-Fārisiyy m'a raconté : "J'étais un homme persan du peuple d'Ispahan, appartenant à un village appelé Jayy. Mon père était le chef de son village, et j'étais l’être le plus cher à son cœur. Son amour pour moi était tel qu'il a fini par me retenir dans sa maison comme on retient une jeune. J'ai consacré tous mes efforts à la religion zoroastrienne jusqu'à ce que je devienne le gardien du feu qui l'allume et ne le laisse pas faner pendant un instant.

Mon père avait une grande propriété, et un jour, il était occupé dans une de ses constructions, alors il m'a demandé : «Mon fils, je suis occupé à construire aujourd'hui et je ne peux pas m'occuper de ma propriété. Vas-y donc et prends-en soin à ma place». Il m'a donné des instructions pour ce qu'il voulait que je fasse. Je suis sorti pour inspecter sa propriété, et je suis passé devant une église chrétienne où j'ai entendu les gens prier. Je ne connaissais rien du christianisme car mon père m'avait toujours enfermé chez lui. Mais, quand je suis passé près d'eux et que j'ai entendu leurs voix, je suis entré pour voir ce qu'ils faisaient. Quand je les ai contemplés, leur prière m'a impressionné et j'ai été attiré par leur religion. Je me suis dit : "Certes, cette foi est meilleure que la nôtre". Je ne les ai pas quittés jusqu'au coucher du soleil, laissant derrière moi la mission que mon père m’avait confiée. J'ai alors demandé: "Quelle est l’origine de cette religion ?" Ils ont répondu: "D’al-Chām (la Syrie)". Je suis ensuite retourné chez mon père qui avait envoyé quelqu'un à ma recherche. Quand je suis arrivé, il m'a dit: "Mon fils, où étais-tu ? Ne t'avais-je pas chargé d’une mission ?" J'ai répondu: "Ô mon père, je suis passé à côté de gens qui priaient dans leur église et j'ai été émerveillé par leur religion. Par Allah, je suis resté avec eux jusqu'au coucher du soleil". Il a dit : "Mon fils, Il n'y rien de bon dans cette religion. Leur religion n'est pas meilleure que la tienne et celle de tes ancêtres". J'ai dit: "Non, par Allah, elle est meilleure que notre religion". Mon père a pris peur que je n'abjure ma religion, il m'a donc enchaîné les pieds et ensuite il m'a emprisonné dans sa maison. J'ai envoyé un message aux chrétiens en demandant: "Si un convoi de marchands chrétiens de Syrie arrive chez vous, informez-moi". Lorsqu'un convoi de marchands chrétiens de Syrie est arrivé, ils m'ont informé et j'ai dit: "Lorsqu'ils auront terminé leurs affaires et qu'ils voudront retourner dans leur pays, informez-moi". Quand ils ont décidé de rentrer dans leur pays, ils m'ont informé, alors je me suis délivré de mes chaînes et je suis sorti avec eux jusqu'à ce que je sois arrivé en Syrie. Une fois arrivé, j'ai demandé : "Qui est l'homme le plus savant de cette religion?" Ils ont répondu : "L'évêque de l'église." Je suis donc allé le voir et j'ai dit : "J'ai développé un intérêt pour cette religion et j'aimerais vous servir dans votre église pour que vous m'instruisiez dans la religion et que je fasse les prières avec vous." Il a consenti à ma proposition et je me suis mis alors à son service. Cependant, c'était un mauvais homme. Il exhortait ses adeptes à la charité en leur faisant valoir sa rétribution immense. Et dès qu'ils lui faisaient l'aumône pour qu'il la dépense dans la voie de Allah, il s'en accaparait sans rien donner aux pauvres, jusqu'à ce qu'il eût amassé de l'or à emplir sept jarres. J'ai développé une aversion profonde envers lui en voyant ce qu'il faisait. Peu de temps après, il mourut et quand les chrétiens se sont réunis pour l'enterrer, je leur ai dit : "Cet homme était mauvais. Il vous ordonnait vivement de faire l'aumône et vous incitait incessamment à la charité et quand vous la lui faisiez, il la gardait pour lui-même sans rien donner aux pauvres". Ils ont demandé : "Comment le savez-vous ?" J'ai répondu : "Je peux vous montrer où il a caché son trésor." Ils ont demandé : "Montrez-le-nous." J'ai donc montré l'endroit où se trouvait le trésor. Ils purent extraire sept jarres emplies d'or et d'argent. Quand ils l'ont vu, ils ont dit : "Par Dieu, nous ne l'enterrerons pas." Ils l'ont crucifié et l'ont lapidé avec des pierres, puis ils ont désigné à son poste un autre homme. Je n'ai jamais vu un homme plus ascète que lui, renonçant aux biens de ce monde et ne désirant que ceux de l'au-delà. Il s'adonnait avec zèle aux dévotions jour et nuit. Je lui ai voué donc un profond amour et j’ai demeuré à ses côtés pendant une longue période. Dans son lit de mort, je lui ai dit : "Ô untel ! A qui me recommandez vous? Veuillez me conseiller. A qui devrais-je m'attacher après votre décès ?"

Il a répondu : "Ô mon fils, par Allah, je ne connais personne aujourd'hui qui est sur ce que j'étais. Les gens ont péri, ont changé et ont abandonné leurs valeurs, à l’exception d’un homme à Mossoul, et il s'appelle Untel. Il est sur ce que j'étais. Suivez-le". A la mort de mon compagnon, je suis allé rejoindre l'homme du Mossoul et je lui ai dit: “Ô untel, untel m'a recommandé de vous rejoindre à sa mort et m'a informé que vous partagiez les mêmes valeurs." Il m’a répondu : “Restez donc chez moi.” J’ai alors séjourné chez lui et j’ai constaté qu’il était un homme bon, mais il n'a pas tardé à mourir. A l'article de la mort, je lui ai demandé : "Ô untel! Un tel m’avait recommandé de vous rejoindre. Maintenant que vous êtes atteint par la volonté d'Allah, à qui vous me recommandez ? Et que m'ordonnez vous de faire ?" Il a répondu: "Ô mon fils! Par Dieu! Je ne connais personne qui est de la même discipline que nous, excepté un homme vivant à Nasibîn qui s'appelait untel. Allez donc à sa rencontre”. Lorsqu'il est mort, je suis allé à la rencontre de l'homme de Nasibīn, à qui j’ai raconté mon histoire et la recommandation de mon compagnon. Il m’a répondu : “ Restez chez moi.” J’ai séjourné chez lui et j’ai constaté qu’il avait la même conduite que ses deux prédécesseurs. J’ai vécu alors avec le meilleur des hommes et, par Allah, la mort ne l'a pas épargné. Peu de temps après, il mourut. Au moment de son agonie, je lui ai dit : "Ô untel ! Un tel m'a recommandé de rejoindre un tel qui m’a recommandé de vous rejoindre, à qui vous me recommandez donc ?" Il a répondu : "Ô mon fils, je jure par Allah que personne n'est de la même discipline que nous, sauf un homme vivant à ‘Ammūriyya. Il suit notre voie, alors si vous voulez bien, allez le voir". Après sa mort, j'ai rejoint le compagnon de ‘Ammūriyya et je lui ai raconté mon histoire.

"Restez donc chez moi", dit-il. J’ai alors séjourné chez lui et j’ai vu que c'était un homme de bien tels ses défunts compagnons. Chez lui, j’ai pu faire fortune jusqu’à ce que j’ai eu quelques vaches et du butin.

Puis l'heure de son décès est venue. Au moment de son agonie, je lui ai dit : “Ô untel ! Un tel m'a recommandé de rejoindre un tel qui m’a recommandé de rejoindre un autre qui m’a recommandé de vous rejoindre, à qui vous me recommandez donc et qu'est-ce que vous me commandez de faire ?” Il a répondu : “Ô mon fils, je jure que je ne connais absolument personne sur cette terre qui se trouve encore sur notre discipline pour que je vous recommande de la rejoindre. Mais c'est bien le temps de l'avènement d'un prophète qui va apparaître en Arabie. Il professera la religion d'Abraham et émigrera vers une région peuplée de palmiers, située entre deux plaines rocheuses. Il sera reconnu à des signes incontestables : il accepte les cadeaux, ne touche jamais à ce qui est destiné à l'aumône et entre ses épaules, il y a le sceau de la prophétie. Si vous pouvez rejoindre cette ville, faites-le". Puis, il rendit le dernier soupir. Quant à moi, j’ai demeuré pendant quelque temps à 'Ammūriyya. Puis, un jour, un groupe de marchands issus de la tribu de Kalb passait par 'Ammūriyya, je leur ai proposé : “Vous m'emmenez avec eux aux pays des Arabes, en échange de ma vache et de ma part du butin”. Ils ont accepté, alors je leur ai fait don de mes possessions. Une fois arrivés à Wādī al-Qurā, ils m’ont trahi et m’ont vendu comme esclave à un juif. Je suis donc entré au service de cet homme, mais quand j’ai vu les palmiers j’ai espéré que ce soit la ville décrite par mon ami. Un jour, l'un des cousins de mon maître, issu des Banū Qurayza, ayant venu lui rendre visite, m'a acheté pour m’emmener à Médine et, par Allah, dès que j’ai vu la ville, j'ai reconnu celle que mon ami m'avait décrite. J'y ai séjourné et Allah a envoyé Son Messager ﷺ qui a résidé à La Mecque pendant une période sans que j’entende de ses nouvelles tellement j’étais absorbé par mes charges d’esclave. Puis il a émigré à Médine. Par Allah, un jour, pendant que je me trouvais en haut de l'un des palmiers de mon maître, en train d'y effectuer quelque besogne, mon maître était assis au pied de l’arbre, l'un de ses cousins, est venu lui dire : "Que Dieu fasse périr les Banū Qayla (les Aws et les Khazraj)! Ils sont à Qubā`, entourant un homme qui vient d'arriver aujourd'hui de La Mecque et qui prétend être un prophète.” Aussitôt que ses paroles parvinrent à mes oreilles, je me suis senti fiévreux et j’ai été tellement agité que j’ai failli perdre mon équilibre et tomber sur mon maître. Je suis donc descendu du palmier, en disant à l'homme : "Qu'est-ce que vous êtes en train de dire ? Veuillez me répéter cette nouvelle". Mon maître, pris d'un accès de colère, m’a donné un coup de poing en hurlant : "Pourquoi t'immisces-tu dans ce qui ne te regarde pas ? Vas-y occupe toi de ton boulot". J'ai répondu: “Rien du tout, j'ai juste voulu m’éclairer sur ce qu’il dit.”

J'avais quelques provisions que j’ai déjà rassemblées, alors le soir, je me suis rendu chez le Prophète ﷺ à Qubā. Je suis entré et je lui ai dit: “On m'a informé que tu es un homme pieux et qu’il y a avec toi des compagnons dans le besoin. Voici quelques provisions que je réservais pour en faire aumône. Je vois donc que vous le méritez plus que quiconque. Alors il m'a rapproché de lui et a dit à ses compagnons : “Mangez”, mais il s’est abstenu et n'a rien mangé. Je me suis alors dit : "Voici l'un des signes (de la prophétie)". Je suis parti, ensuite, et j’ai rassemblé de nouvelles provisions. Lorsque le Prophète ﷺ a quitté Qubā et s’est installé à Médine, je suis venu lui dire : "J'ai remarqué que vous ne goûtez pas à l'aumône, et voici un cadeau que je vous offre avec tout mon respect". Il en a alors mangé et a invité ses compagnons à manger avec lui. Je me suis dit : "Voici le second (des signes de la prophétie)". Puis un jour, je suis allé voir le Prophète ﷺ pendant qu'il était à Baqī' al-Gharqad après avoir suivi le cortège funèbre de l'un de ses compagnons. Il était vêtu d’une pèlerine, assis au milieu de ses compagnons. Je l’ai salué, puis je me suis retourné pour regarder son dos, en essayant de voir le sceau déjà décrit par mon ami. Lorsque le Prophète ﷺ a remarqué que je suis passé derrière lui, il a compris mon intention. Sur ce, il a enlevé la pèlerine qui couvrait son dos et j’ai pu ainsi reconnaître le sceau de la prophétie. Je me suis alors jeté sur lui en l'embrassant, les larmes aux yeux. Le Prophète ﷺ m’a alors demandé de passer devant lui; et je lui ai raconté mon histoire telle que je te l’ai raconté, ô fils de ‘Abbas. Le Prophète ﷺ s’est alors réjoui que ses compagnons entendent ce récit.” Salmān était très occupé par ses charges d’esclave au point de ne pas pouvoir assister aux batailles de Badr et Uḥud.

Salmān raconte : “Par la suite, le Prophète ﷺ m’a demandé de contractualiser mon affranchissement avec mon maître, ce que j’ai fait contre 300 pousses de palmiers que je devais faire vivre au niveau de son jardin au Faqīr, en plus de 40 onces. Le Prophète ﷺ a alors demandé à ses compagnons : “Aidez votre frère”, ce qu’ils ont fait en me fournissant les pousses de palmier : certains ont apporté 30 pousses, d’autres 20, et d’autres 15 pousses, jusqu’à rassembler les 300 nécessaires. Puis le Prophète ﷺ m’a demandé : “Vas creuser les trous de plantation, et dès que tu finis, viens me voir pour que je les plante de mes propres mains”. Avec l’aide des compagnons, nous avons creusé les trous puis j’ai prévenu le Prophète ﷺ qui m’a accompagné au jardin. Nous nous sommes mis à lui approcher les pousses, et lui les a planté de ses mains bénites. Par celui qui détient ma vie, toutes les pousses ont survécu sans exception ! J’ai ainsi réglé la partie des palmiers pour mon affranchissement et il m’est resté à payer l’argent. Peu de temps après, le Prophète ﷺ a gagné, en butin durant l’une de ses batailles, une pépite d’or de la taille d’un œuf de poule. Il s’est renseigné auprès de ses compagnons : “Qu’en est-il du Perse et son contrat d’affranchissement ?” On m’a alors appelé pour le voir et il m’a dit : “Prends ceci et règle le prix de ton affranchissement.” J’ai répondu : “Et que vaut cette pépite devant ce que je dois payer ?” Il m’a répondu : “Prends-la et Allah remboursera ta dette avec elle.” Je l’ai alors prise et en la pesant, elle a fait les 40 onces. J’ai ainsi payé ce que je devais et je suis redevenu un homme libre. Par la suite, j’ai assisté avec le Prophète ﷺ la bataille du Fossé et je n’ai plus manqué aucune bataille avec lui.”

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