Les banū Zafar est une branche de la tribu des Aws, ils habitent à 2 km de la mosquée du Prophète. lls ont été impliqués dans l’incident du bouclier qui a conduit à la révélation de douze versets de Sourate Al-Nisa`. Dans cet incident, un Juif a été acquitté et un hypocrite accusé du vol d'un bouclier. “Nous avons fait descendre vers toi le Livre avec la vérité, pour que tu juges entre les gens, selon ce qu’Allah t’a appris.” et les versets “Et quiconque fait scission d’avec le Messager, après que le droit chemin lui est apparu et suit un sentier autre que celui des croyants […]” jusqu’à “Quiconque donne des associés à Allah s’égare, très loin dans l’égarement.”
L’incident est le suivant : Un homme, To’ma ibn Ubayriq, faisant partie du clan des banū Ubayriq ibn Zafar a volé le bouclier de son voisin musulman, Qatāda ibn al-No’mān. Le bouclier était caché dans un sac rempli de farine; la farine s'est éparpillée d'un trou dans le sac et a marqué les traces du bouclier jusqu’à la maison du voleur. Ce dernier l’a caché chez un homme juif, appelé Zayd ibn al-Samīn. Lorsque le bouclier a été recherché, To’ma -le voleur- a juré par Allah qu'il ne l'avait pas pris. Les propriétaires du bouclier ont vu la trace de la farine à l'intérieur de la maison du voleur, mais quand il a juré, ils l’ont laissé et les traces de la farine les ont menés à la maison du Juif où ils ont trouvé le bouclier. Le Juif a affirmé que c’est To’ma qui le lui a remis. Les banū Zafar, tribu de To’ma, sont alors allés voir le Prophète ﷺ afin de plaider pour To’ma. Allah a révélé les versets 105-112 de sourate al-Nisā`: “Nous avons fait descendre vers toi le Livre avec la vérité, pour que tu juges entre les gens, selon ce qu’Allah t’a appris. Et ne te fais pas l’avocat des traîtres. [105] Et implore d’Allah le pardon car Allah est certes Pardonneur et Miséricordieux. [106] Et ne dispute pas en faveur de ceux qui se trahissent eux-mêmes. Allah, vraiment, n’aime pas le traître et le pécheur […]” jusqu’aux versets “Quiconque acquiert un péché, ne l’acquiert que contre lui-même. Et Allah est Omniscient et Sage. [111] Et quiconque acquiert une faute ou un péché puis en accuse un innocent, se rend coupable alors d’une injustice et d’un péché manifeste.[112]”
Al-Tirmidhi raconte cet incident avec plus de détails. Il rapporte que Qatāda ibn al-No’mān qu’Allah l’agrée dit : “Il y avait une famille de notre clan appelée banū Ubayriq : Bich, Bachīr et Mubachir. Bachîr était un hypocrite qui composait des vers pour insulter les compagnons du Prophète ﷺ, puis il les attribuait à d’autres Arabes en disant : "Untel a dit ceci et cela, untel a dit ceci et cela". Lorsque les compagnons du Prophète ﷺ entendaient ces vers, ils disaient : "Par Dieu, personne ne compose cette poésie si ce n’est ce malicieux Ibn al-Ubayriq.” Cette famille était pauvre et nécessiteuse avant et après l’avènement de l’islam. Or, la nourriture des gens à Médine était les dattes et l'orge. En général, lorsqu’un homme aisé s’achète de la farine, il la réserve pour son usage exclusif. Quant à sa famille, sa nourriture se résume aux dattes et à l’orge. A l’arrivée d’une caravane de Syrie, mon oncle Rifa’a ibn Zayd a acheté de la farine qu’il a stocké dans une pièce où il garde également des armes, un bouclier et une épée. Pendant la nuit, on lui a volé la nourriture et l’arme. Le lendemain matin, mon oncle est venu m’informer de l’incident. En se renseignant, on nous a dit que les banū Ubayriq ont allumé du feu et que ça ne pouvait être qu’avec notre nourriture. Quant aux banū Ubayriq, ils ont accusé Labīd ibn Sahl, qui est un homme vertueux et musulman. Entendant cette accusation, ce dernier a pris son épée et a dit : "Moi je suis un voleur ? Par Allah, si cette affaire de vol n’est pas clarifiée, je vous attaque avec mon épée.” On lui a répondu ne pas s’y mêler car il n’y est pas impliqué. Finalement, mon oncle a suggéré de lever l’affaire au Prophète ﷺ. On a ainsi réclamé l’arme et pas la nourriture. Les banū Ubayriq se sont alors réunis avec Usīr ibn ‘Urwa, un homme parmi eux et ont dit au Prophète ﷺ: “Qatāda et son oncle ont accusé de vol une famille connue pour son islam et sa vertu sans aucune preuve ou certitude.” Lorsque je suis allé voir le Prophète ﷺ, il m’a dit alors que j’ai accusé les gens d’une famille connue pour son islam et sa vertu sans aucune preuve ou certitude. Je suis alors rentré en espérant si j’avais perdu toute ma fortune et ne pas avoir dit cela au Prophète ﷺ. Lorsque j’ai rapporté à mon oncle les paroles du Prophète ﷺ, il a dit : “C’est Allah qu’il faut appeler au secours”. Peu de temps après, les versets suivants étaient révélés : “Nous avons fait descendre vers toi le Livre avec la vérité, pour que tu juges entre les gens, selon ce qu’Allah t’a appris. Et ne te fais pas l’avocat des traîtres (c'est-à-dire les banū Ubayriq). Et implore d’Allah le pardon (pour ce que tu as dit à Qatada) car Allah est certes Pardonneur et Miséricordieux. Et ne dispute pas en faveur de ceux qui se trahissent eux-mêmes. Allah, vraiment, n’aime pas le traître et le pécheur. Ils cherchent à se cacher des gens, mais ils ne cherchent pas à se cacher d’Allah. Or, Il est avec eux […].” Ce qui veut dire que s’ils avaient demandé pardon à Allah, Il les aurait pardonnés. La partie suivante “Quiconque acquiert un péché, ne l’acquiert que contre lui-même.” jusqu’à la fin du verset 112 concerne leur parole à Labîd et les versets “Et n’eût été la grâce d’Allah sur toi (Muhammad) et Sa miséricorde […]” Alors, après la révélation de ces versets coraniques, le Prophète ﷺ m’a rendu l’arme. Quand je l’ai donnée à mon oncle, il m’a demandé d’en faire une aumône. Mon oncle était un vieillard pour qui j’avais des doutes concernant la sincérité de son appartenance à l’islam, mais c’était ainsi que j’ai compris que sa conversion était sincère. Par ailleurs, après la révélation de ces versets de Coran, Bachīr a rejoint les mécréants et était logé chez Sulāfa bint Sa’d ibn Sumayya, alors Allah a révélé les versets : “Et quiconque fait scission d’avec le Messager, après que le droit chemin lui est apparu et suit un sentier autre que celui des croyants, alors Nous le laisserons comme il s’est détourné, et le brûlerons dans l’Enfer. Et quelle mauvaise destination ! [115] Certes, Allah ne pardonne pas qu’on Lui donne des associés. A part cela, Il pardonne à qui Il veut. Quiconque donne des associés à Allah s’égare, très loin dans l’égarement. [116]” Hassān ibn Thābit (le poète du Prophète ﷺ) a composé alors des vers insultant Sulâfa qui l'accueillait chez elle, alors elle a pris ses affaires et les a jetées dans la vallée de la Mecque en disant : “tu m’as fait cadeau de la poésie de Hassân ? Tu ne m’as fait aucun bien !”
Le Prophète ﷺ a pensé que le voleur était le Juif à cause de la présence des preuves contre lui, mais la révélation a montré le contraire. Le Prophète ﷺ n'a rien caché -loin de là- et a déclaré publiquement que le Juif était innocent et que le voleur était musulman ! Cependant, il convient de mentionner que ce musulman qui a commis le vol était un hypocrite dont l'hypocrisie a été révélée après cet incident, comme nous l'avons vu dans le hadith précédent d'Al-Tirmidhî. Dans certaines versions, on dit qu’il s'est enfui à La Mecque et a fini par y mourir comme un apostat. Si cette décision juste a été prise en faveur du Juif au détriment d'un musulman faible dans sa foi et incertain dans sa croyance, cela ne signifie pas que la décision a été prise parce que le musulman était soupçonné de manquer de foi et de croyance. Au contraire, cette décision aurait été prise quel que soit celui qui avait tort, car la loi islamique ne favorise personne.


